Cet appel est inspiré par les saintes écritures que notre Eglise catholique a proposés à notre méditation au troisième dimanche du temps ordinaire B. En méditant ces textes Jon 3, 1-5.10 : 1Co 7,29-31 ; Mc 1,14-20), j’ai senti en moi un impératif qui est celui de vous faire un appel urgent, même très urgent !
En effet, sans vouloir refaire l’histoire malheureuse du pays, je vous rappelle chers frères et sœurs congolais que « le temps est limité… car il passe le monde tel que nous le voyons » (1Co 7, 31).
L’appel que je vous adresse est un appel à la réconciliation nationale ! Alors que la classe politique peaufine les derniers détails de l’Union sacrée, il me semble qu’il manque une vraie base, une fondation solide à cette Union qui se veut sacrée. Il est nécessaire pour construire un tel édifice de faire la vérité avec soi-même, avec les autres et surtout avec le peuple. Pour que l’Union sacrée ne devienne à son tour un repère des malfaiteurs ou une blanchisserie comme le pensent certains, les dirigeants politiques congolais, surtout ceux qui ont participé à la gestion du pays avec Kanambe, doivent se regarder en face, s’humilier et demander pardon au peuple qu’ils ont saigné pendant environ 20 ans.
Cette démarche est, à mon sens, plus qu’obligatoire afin de réconcilier notre peuple avec ses dirigeants. Elle servira à sensibiliser les politiciens ainsi que toutes les autorités aux vraies valeurs humaines ; leur rappeler qu’ils répondent et dépendent de ce peuple qui les a choisis pour le servir.
Quand j’ai écouté la prise de position de quelques politiciens katangais soutenant la folie d’un soi-disant pasteur (Ngoy Mulunda) et exigeant sa libération immédiate alors que la justice l’a condamné à juste titre, j’ai été envahi d’une grande colère ! Quand j’ai appris « les exigences (vraies ou fausses ?) » de Moïse Katumbi et Jean-Pierre Mbemba pour adhérer à l’Union sacrée, j’ai senti monter en moi une profonde déception ! Ces fils du pays se sont fourvoyés à Genève piégés par les multinationales et tentés par la recherche des intérêts égoïstes. Ils ont trahi les aspirations du peuple qui leur avait fait confiance comptant sur leur intégrité morale et leur conscience citoyenne. Quand j’ai vu la résistance d’Ilunkamba (professeur d’université) à démissionner du poste de premier ministre, allant jusqu’à Lubumbashi pour obtenir l’aval de Kanambe, je fus saisi de tristesse profonde ! Et mon cœur saigne !!!
Vous avez dirigé ce pays depuis le départ des belges ! Oui, certains parmi vous ont travaillé avec Mobutu, Kabila et Kanambe, et ils se profilent encore pour travailler avec Felix Tshisekedi Tshilombo aujourd’hui. Vous savez que parmi vous, certains ont pris part directement ou indirectement à l’assassinat de Mzée afin de se maintenir à des postes juteux avec Kanambe. Merci à l’impunité institutionnalisée !
D’autres encore ont collaboré avec ce petit étranger sans histoire, sans culture ni morale depuis une dizaine d’années !!!
Vous qui avez de grands diplômes, vous qui avez fréquenté de grandes universités du monde, vous avez fait le choix de vos ventres ! Avec vos petites familles, vous avez choisi l’opulence et l’extravagance ! Vous avez fermé vos yeux et vos cœurs à la souffrance et aux cris de mon peuple. Ce peuple que vous avez condamné à la mendicité et à la survie est fait pourtant des hommes et des femmes de vos familles, de vos villages et de vos régions ! Ce sont vos frères et sœurs, des gens de chez-vous, ou encore du pays, et puis des humains tout simplement ! Vous avez volé, violé, pillé et aliéné les congolais ! Vous avez réussi à faire d’un pays si riche, le plus pauvre du monde. Vous avez infantilisé tout un peuple et travesti ses mœurs !
J’ai envie de vous dire « Bravo » à vous messieurs et mes dames ! On pourrait vous attribuer un certain mérite ! Aujourd’hui, vous dormez dans des palais, vous mangez jusqu’à jeter le reste ; vous vous soignez à l’étranger en dépensant des milliers de dollars ; vous roulez dans de grosses voitures tout-terrains, consommatrices et pollueuses ! Bravo ! On pourrait dire ! Vous avez gagné contre 95% de la population qui mangent une fois par jour et dont le revenu journalier atteint à peine 1$ ! Une population qui a du mal à se loger correctement et à dormir décemment ; une population qui a du mal à se soigner parce que toutes ses structures médicales sont dérisoires et les soins hors des prix ; une population qui éprouve de multiples difficultés pour se déplacer par manque de moyens de transport adéquats dans un pays où les voies de communication sont quasi-inexistantes.
Bravo ! Vous avez réussi même l’exploit d’aliéner et soumettre à votre régime des hommes et des femmes qui pouvaient encore agir pour le bien du peuple. Ses évêques, ses pasteurs, ses responsables des mouvements sociaux qui ont « léché dans vos assiettes » jusqu’à perdre leur indépendance et leur dignité sont devenus vos caisses de résonnance. L’attitude du cardinal Ambongo et ses acolytes est éclairante ! Après avoir risqué de plonger le pays dans les guerres civiles inutiles par la proclamation de faux résultats des élections présidentielles de 2018, le cardinal a ouvertement endossé le costume de Lamuka dans son agir comme dans ses dires. Je me permets de vous rappeler son discours fleuve à la fête de l’indépendance le 30 juin 2020. Au lieu de prêcher la Bonne Nouvelle de paix et de réconciliation, notre éminence avait copieusement critiqué et publiquement accusé le président de la République, entre autres, d’être complice du plan de balkanisation de l’Est de notre pays … « … Voilà que le plan de balkanisation existe et persiste ; voilà que tout se fait en complicité et avec la bénédiction du pouvoir de Kinshasa… ». Cette affirmation grave avait heurté certaines sensibilités chez le peuple congolais ! Je me demande si notre éminence envisage de demander pardon au président de la République pour cette fausse accusation et tant d’autres qu’il a proférées ce jour-là ! Je me demande s’il pense à dire enfin la vérité au peuple congolais qu’il a failli entraîner dans ses combats d’arrière-garde !
Aujourd’hui que Lamuka se dilue dans les ambitions individualistes de ses différents protagonistes, n’est-il pas honnête de reconnaître son erreur et montrer sa grandeur d’âme ? C’est ce que j’aurai dit à Fayulu si j’étais vous, cher Éminence ! Vous lui avez donné de faux espoirs. Il ne peut plus se projeter autrement que président de la République. Pourtant, il sait que la vérité des urnes, la réelle, ne correspond malheureusement pas avec la sienne. Le temps est court dit encore saint Paul aux Corinthiens !
Revenons à Ngoy Mulunda dont la sortie médiatique est la dernière en date. Quand j’ai écouté le dernier discours du pasteur Ngoy Mulunda, j’ai cru entendre un certain Kabange Numbi qui avait pourtant humilié des hommes de Dieu en 2018 ! J’ai cru aussi entendre un certain Muyej qui a fait de Kanambe un katangais de pure souche. Kanambe, l’imposteur du siècle, serait aujourd’hui plus katangais que les kasaïens dont l’origine est historiquement située au Katanga ! Nous comprenons dès lors pourquoi Ngoy Mulunda avait torpillé les élections de 2011 pour confier la gestion de ce beau et grand pays aux
aventuriers qui en ont fait ce qu’il est aujourd’hui. Comme si cela ne suffisait, il vient prêcher le respect de Kanambe au lieu d’enseigner la parole de Dieu. Il vient inciter à la haine et à la séparation ! Il porte une grande part de responsabilité de la misère de notre peuple et de la situation politico-sociale instable de ce jour. Et ce monsieur, pasteur de son rang n’a jamais laissé sa conscience lui parler, n’a jamais éprouvé le besoin de demander pardon aux congolais. Qu’as-tu fait de ton frère, révérend pasteur ?
En ce 17 janvier 2021, Ngoy Mulunda s’est dit : « je vais me la jouer à la manière du pasteur Ekofo ». Mais, il l’a joué à l’envers. Ekofo était encore un « pasteur : un homme de Dieu » ; pas un homme d’un homme. Alors que Ngoy a fait le choix de Kanambe à qui il a voulu montrer sa fidélité renouvelée, Ekofo avait choisi d’être du côté du peuple et est resté fidèle au Dieu de Jésus-Christ qui est toujours du côté du pauvre et du malheureux. Il était habité par le courage prophétique. Comme Jonas dans le texte cité ci-dessus, il a courageusement appelé à la conversion. Il y avait urgence au temps de Jonas, il y avait urgence au temps d’Ekofo ; il y a urgence aujourd’hui d’une réelle conversion.
Mais, la conversion exige d’avoir une conscience et un cœur (de chair). La conscience permet d’interroger nos actes et le cœur de compatir au malheur des autres ! Quand la conscience a interrogé nos actes et quand elle nous a accusés, le cœur prend le relais et nous pousse à nous repentir. Cependant un vrai repentir exige de l’honnêteté et de l’humilité. Aurez-vous de l’humilité pour demander pardon au peuple, chers politiciens, particulièrement vous les kabilistes fccistes et vous les lamukistes?
Aurez-vous l’humilité chers responsables des églises, et mouvements sociaux ? Aurez-vous l’humilité vous tous congolais et congolaises ?
Si vous pouvez avoir cette humilité, demandons ensemble au président de sceller l’Union sacrée dans un rite de réconciliation entre congolais ! Que tout le peuple y soit associé. Car le peuple aussi a le devoir de demander pardon au Seigneur pour avoir consenti à l’injustice et accepté la corruption. Il doit aussi se convertir car il a manqué le courage de se battre et a accepté l’humiliation. Que de fois, ce peuple a trahi ses propres aspirations pour un peu d’argent, un teeshirt ou un pagne. Il a parfois voté tribal et négligé son propre avenir. Il a souvent soutenu l’oppresseur et le prédateur pour des miettes. Je vous invite ici à penser entre autres à ces jeunes acclamant Kanambe à Tshangu comme un héros et lui demandant de revenir au pouvoir ; pensez également à cette frange de mon peuple qui s’est levée pour exiger la libération de Vital Kamerhe reconnu coupable des faits graves de détournements des fonds publics. Je ne puis m’empêcher de rappeler que beaucoup de nos frères sont impliqués dans les tueries des congolais au Nord et Sud-Kivu ! Que dire des propos tribalistes et séparatistes de plus en plus repris dans des manifestations ou les réseaux sociaux. Et Les exemples sont nombreux !
Convertissez-vous disait Jonas ! Convertissez-vous peuple congolais ! Ce n’est pas seulement au président de demander pardon. Du plus grand au plus petit, suivons l’exemple du peuple de Ninive ; décrétons une journée de jeune et de prière. Et le Seigneur aura vraiment pitié de nous et nous bénira tous, ainsi que notre beau pays ! Se convertir, c’est changer de direction, se détourner de sa mauvaise conduite, changer nos mentalités ou nos modes de pensée ; c’est adopter de vraies valeurs et les bonnes attitudes ! Se repentir et se convertir pour reconstruire notre pays !!! Voilà mon appel !
Abbé Jean-Pierre Ndianyama
Jonas