LE RWANDA ET NOUS !
Dès l’entame, une clarification s’impose. L’imaginaire collectif de beaucoup des congolais, force est de ne pas le nier, a en horreur la simple évocation du mot…Rwanda et, dans une moindre mesure, Ouganda. La faute à l’aventurisme militaro-politique, sur le sol Congolais et son lot des massacres, attribués à ces Etats, dans un passé plus ou moins récent. Beaucoup des congolais sont, de manière générale, instinctivement révulsés lorsqu’on évoque – même incidemment – les noms de ces deux Etats. Une charge émotionnelle – puissance 10 – s’empare de la plupart de nos compatriotes en pareille occurrence. Le terme « Rwandais » est même assimilé, par certains, à une injure. Mieux, à un délit de haute trahison. Pour faire court dans un débat, l’on entend souvent, l’un des protagonistes – qui veut jeter l’anathème ou le discrédit sur l’autre – le qualifier tout simplement de… « Rwandais ».
Je suis donc conscient du risque que je prends et la vindicte à laquelle je m’expose en osant une approche mesurée et dépouillée de toute forme d’émotion. En posant une analyse, débarrassée de toute caricature et simplismes, qui entretiennent l’amalgame et jettent dans le même sac tous les Rwandais indistinctement. Même ceux qui n’ont rien à voir la politique de leur pays.
Je m’assume, malgré tout, au nom de la liberté de penser à laquelle je suis profondément attaché. Comme à la prunelle de mes yeux. Désolé pour ceux qui en seront choqués.
Mon propos, il faut le dire tout de suite, ne tend pas à dédouaner le Rwanda, ni l’Ouganda du rôle qu’ils ont pu jouer, en tant qu’Etats, dans le désastre qui nous accable. Ils ont certainement des comptes à nous rendre et ils devraient nous les rendre tôt ou tard. Mais lorsqu’on est un tout petit peu lucide, l’on ne peut ne pas pointer du doigt aussi et surtout la grosse responsabilité de notre propre Etat et de son « élite » dite politique. Nous sommes, nous congolais, responsables, au premier chef, de ce qui nous arrive. Creusez dans vos cervelles, fouillez dans le passé, vous ne trouverez pas une seule trace officielle d’une guerre, solennellement déclarée, entre le Rwanda et le Congo. Pas une seule. Ils ont, à tous les coups, su trouver des congolais de service qui leur ont donné la couverture dont ils ont eu besoin pour atteindre leurs buts sur notre sol. Systématiquement. Profitant de notre situation de non-Etat (dont ils ne sont pas responsables), ils ont pu instrumentaliser et se sont toujours appuyés sur nos compatriotes qui sont aujourd’hui, pour la plupart, dans nos institutions et que nous avons curieusement et rapidement absous. A mes yeux, ces derniers sont plus blâmables que ces Etats-là….
Ma préoccupation est plutôt la suivante : Doit-on, à cause de ce passé, douloureux certes, continuer à nous regarder en chiens de faïence ? Etant, par ailleurs, entendu que, ni le Rwanda ni l’Ouganda ne vont jamais déménager de là où ils sont ? En d’autres mots, ne faut-il pas plutôt changer d’approche et regarder les choses autrement ? Comme le font des millions des compatriotes qui vivent dans nos villes frontalières avec ces Etats et qui, chaque jour qui passe, font leur business avec Kigali et Kampala ? J ’ai eu l’occasion, personnellement, d’observer le flux humain qui traverse la frontière, à l’entrée de Gisenyi et de Goma, dans les deux sens et j’en suis toujours impressionné.
Je vous vois venir.
Il n’y a pas de paix sans justice me diriez-vous. Il faut absolument que ces pays-là reconnaissent d’abord leurs torts, leurs responsabilités et procèdent aux réparations de l’immense préjudice subi du fait de leur aventurisme dans notre pays, avant toute normalisation de nos rapports…Il faut, par ailleurs, que leurs dirigeants soient jugés…Toute autre attitude devrait être regardée comme une HAUTE TRAHISON à la nation et à la mémoire des victimes. Tel est l’argumentaire des congolais qui, de bonne et, parfois aussi, – il faut le dire – de mauvaise foi, s’opposent à toute normalisation, en l’état, de nos rapports avec ces voisins.
J’aimerai vous dire tout de suite, en vous regardant droit dans les yeux, que si nous avons les moyens politiques et militaires d’imposer une telle solution, je suis preneur…sinon, convenez, avec moi, que ces sentiments, humainement compréhensibles et incontestablement légitimes, ne siéent pas toujours dans les rapports entre Etats dont le sens de l’intérêt, mais aussi les rapports de force, l’emportent sur tout le reste. Jean Marie Le Pen affirmait, un jour sur un plateau d’une chaine de Télévision – et il avait, à mon avis, raison – que les « Etats sont des monstres froids » qui n’ont que faire des sentiments…
Je voudrais plutôt puiser mes arguments dans des exemples historiques et facilement vérifiables…
L’exemple le plus souvent évoqué est celui du couple « Franco-Allemand » qui, après des séquences des guerres interminables, est aujourd’hui le modèle et le moteur de l’intégration Européenne. Les irréductibles-jusqu’au-boutistes congolais, rejettent souvent cet argument en rappelant que Nuremberg est passé par là. C’est vrai. Mais, ceux qui s’intéressent à l’histoire de la deuxième guerre mondiale, savent que le procès de Nuremberg était plutôt celui des vainqueurs contre les vaincus. Qu’il n’aurait jamais eu lieu si les rapports de force n’avaient pas été inversés en 1945. Il ne faut pas perdre de vue que la 2e guerre mondiale a été précédée et même facilitée par le fait que les puissances Européennes de l’époque (Angleterre, France, Italie) avaient permis à Hitler de s’emparer de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie, sans tirer un seul coup de feu…Au cours d’un sommet de haut niveau. Les rapports de force étaient tels, en 1938, que l’Allemagne d’Hitler imposa ses vues, malgré la menace qu’elle représentait déjà clairement pour le reste de l’Europe et les dérives du régime qui était à ses commandes depuis 1934 : le pogrom contre les juifs avait déjà commencé et ces puissances Européennes, qui lui firent la part belle, ne l’ignoraient pas. Ceci pour dire que dans les rapports internationaux, surtout entre Etats, tout est…rapport de forces.
Si Hitler avait écouté un de ses conseillers en 1941 – qui lui proposa de négocier et d’imposer la paix – alors que l’armée Allemande avait le vent en poupe, il n’y aurait jamais eu de procès de Nuremberg.
Un autre exemple. Les USA et le Japon. Les meilleurs alliés de la planète à ce jour, n’est-ce-pas ? Et pourtant, il y a eu Hiroshima et Nagasaki. Et jamais de procès là-dessus. Les japonais ont ravalé leur rancœur et se sont donnés les raisons de continuer à exister et de construire leur destin.
Tout ça est lointain ? Ok. Prenons des exemples plus récents.
Donald Trump, n’a-t-il pas, par 2 fois, rencontré et échangé les « amabilités » avec Kim Jong-un, le prétendu « despote » de la Corée du Nord et ennemi public n°1 de l’Amérique ? Faute d’avoir imposé une solution militaire, le réalisme a poussé les USA à changer d’approche à l’égard de ce pays. Pareil pour l’Afghanistan. Savez-vous que le retour des Talibans au pouvoir a été précédé d’un accord que ces derniers ont conclu avec les USA ? Qui l’eût cru ? Ces gens avaient pourtant offert un sanctuaire à Ben Laden qui, sur leur sol, a planifié et commandité les attentats qu’on connait….
Dernier exemple. Yasser Arafat et l’Etat Hébreux. Considéré comme l’ennemi public n°1 d’Israël, Arafat a fini par se voir dérouler le tapis rouge, pour des accords historiques entre son organisation (OLP) jugée pourtant de Terroriste et l’Etat d’Israël dont il prônait pourtant l’effacement sur la carte du monde…
Retenez cette date. Sauf renversement spectaculaire de la situation, il n’y aura jamais de procès, contre Poutine ou contre les Russes, lié à ce qui se passe en Ukraine. En tout cas, pas tant que les rapports des forces sont ceux qu’on observe aujourd’hui. Encore que les velléités d’une telle perspective, ne pourraient être portées que par des nations (autres que l’Ukraine) qui peuvent, plus ou moins, sur le plan de la puissance politique et militaire, rivaliser avec la Russie (les USA, l’UE….).
Je ne suis pas en train de dire que nous devons ignorer et oublier les massacres de nos compatriotes… Loin s’en faut. Il faut, au contraire, à l’instar des juifs qui commémorent l’holocauste, érigé un monument en leur mémoire. Une stèle éternelle qui raviverait la flamme et nous rappellerait toujours ces horreurs pour ne plus JAMAIS les revivre. Les japonais commémorent Hiroshima et Nagasaki chaque année. Nous devrions faire pareil.
Pour cela, nous devons, d’abord et avant tout, construire une nation et un Etat Forts. Cela implique des sacrifices immenses, une discipline au-dessus de la moyenne. Avant d’espérer imposer le respect à l’extérieur de nos frontières, nous devons l’imposer d’abord à l’intérieur. Cela passe par la construction véritablement d’un Etat et donc la valorisation de la coercition. Il faut proscrire l’impunité qui favorise et consacre l’anarchie et l’arbitraire dans ce pays. Sinon, nos récriminations contre le Rwanda, ne franchiront jamais le cap de simples incantations. Ça restera des douces rêveries…
En attendant et dans l’état actuel des choses, nous avons tout à gagner à avoir des relations plutôt apaisées avec nos voisins et d’exploiter les opportunités que nous offrent notre proximité…. Prenons le temps de construire un vrai Etat et tout le reste nous sera donné par surcroit….