Vous avez dit « De père et de mère » ?
Voyons ce qu’il en est, en réalité. Le débat qui fait rage à ce sujet est, de mon point de vue, trop sentimental. Et par certains côtés…folklorique. L’on est trop dans l’abstrait et dans la passion. L’on parle du congolais « de père et de mère » comme d’un être abstrait et désincarné. Comme d’une « espèce rare », une trouvaille inespérée qui va, enfin, sauver la nation en déliquescence et protéger sa « souveraineté menacée ». Redescendons sur terre… Essayons, pour y voir clair, de coller quelques visages à ces « congolais « de père et de mère » tant vantés…
Illustrons plutôt.
Katanga 1992-1995. Le long du chemin de fer qui relie cette province à celle du Kasaï, des scènes surréalistes. Des milliers des congolais, de « père et de mère », sont entassés, comme du bétail, dans des différentes gares. Victimes de l’intolérance d’autres congolais, tout aussi « de père et de mère ». Et ce, dans l’indifférence générale du reste des congolais « de père de mère » qui n’invoquent cette tragédie que comme un vulgaire fait divers. Charly Hebdo par exemple ou même, tout récemment, Georges FLOYD (le noir américain assassiné par un policier aux USA) ont, incontestablement, et de loin, bénéficié d’une attention et compassion toutes particulières des congolais de « père et de mère », qui n’ont affiché rien de tel à l’égard de leurs compatriotes sus évoqués. Dans les gares où ils étaient entassés, les quelques congolais de « père et de mère » qui ont pu survivre à la tragédie, ne doivent leur salut qu’à la générosité des…étrangers. Triste vérité. Le PAM (Programme Alimentaire Mondial) a été le seul organisme à s’offusquer du sort des « refoulés » et à louer des trains pour aider ces congolais (de père et de mère) désespérés et abandonnés par leurs compatriotes «de « père et de mère » à rejoindre leurs contrées d’origine.
Le pire, c’est que la tragédie du Katanga fut inspirée et/ou exécutée par un congolais de souche, de « père et de mère ». Il était populaire et – tiens ! – candidat déclaré à la présidence de la République. Il avait publiquement invité à l’écrasement des « bilulus », ces cafards, insectes, pourtant congolais de « père et de mère » qui auraient étouffé une partie d’autres congolais « de père et de mère », originaires de sa propre contrée. Voilà du concret. Du vécu. Quand vous parlez des congolais de « père et de mère », ne perdez pas de vue que vous les connaissez, pour la plupart. Ne pensez pas qu’il s’agit des « extra-terrestres ». Ils sont-là, devant nous. Connus et reconnaissables, pour certains, par leur inclinaison au vice…
Un autre exemple. Nous sommes en octobre 1996. Une rébellion éclate à l’Est de la République. Que dis-je, une agression étrangère. La supercherie ne peut être dissimulée pendant longtemps. Acculés par le monde, les agresseurs trouvent une parade. Ils recherchent et dénichent, très vite, un congolais de « père et de mère » qui « congolise » la guerre. La suite est connue. Ce Congolais de « père et de mère » a officialisé l’infiltration au sommet de l’Etat. Il a été même élevé au rang de « héros national » par d’autres congolais « de père et de mère » … Sese Seko qu’il a chassé, un autre congolais de « père et de mère » a laissé un pays en ruine…
Je ne vous parle même-pas de tous ces congolais de « père et de mère », politiques et aspirants, pour la plupart, à la fonction suprême, qui défraient la chronique chaque jour qui passe et se distinguent dans des délits de détournement de deniers publics, de corruption et de…trahison de la patrie sur divers fronts des opérations militaires…Remarquez que lorsqu’ils sont mis en cause et interpellés par la justice, pour ces faits infractionnels, il se trouve toujours d’autres congolais « de père et de mère » qui viennent à leur rescousse et s’opposent à l’application de la justice. « Nous, ressortissants de … » est une des rengaines, les mieux partagées et les plus usitées au Congo.
Rappelons-nous, pour finir, de ceci : La classe politique congolaise est truffée de ces « congolais de « père et de mère » qui ont été dans des rebellions parrainées par des pays étrangers. Tous ces ex-rebelles sont des candidats potentiels à la présidence et rentrent parfaitement dans le fameux critère de « de père et de mère… » qu’on veut insérer dans la loi.
Alors, lorsque vous dites de « père et de mère », arrêtez d’être abstraits et…distraits. Ouvrez grandement les yeux. Ces congolais de « père et de mère », nous les connaissons et les avons déjà vu à l’œuvre……