VERITE ET REPARATION
J’en suis arrivé, à mon corps défendant, à cette conviction douloureuse : Il faut offrir une voie de sortie à nos politiques pour nous en sortir. Dans la mesure où ils ont tous, ou presque, trempé dans la marmite. Le système était ainsi fait. Impossible de s’y frotter sans s’y piquer. Traquer quelques-uns, ne résoudra rien. Au contraire…
Des gens, comme vous et moi qui, jusqu’il y a peu, donnaient encore, avec pourtant une réelle touche de sincérité, des leçons de morale et de bonne gouvernance, sont vite passés à la vitesse supérieure dès qu’ils se sont retrouvés de l’autre côté. Ils sont vite tombés, comme Obélix, dans la marmite magique. Et ont été transfigurés. La marmite est (était) régie par un code spécial : Chacun se sert, autant que possible, et tous se protègent. Aussi simple que ça. Voilà qui explique la quasi-absence, pendant longtemps, des poursuites contre les détourneurs et prédateurs publics alors que le pays est saigné à blanc. Mangeons ensemble et soutenons-nous.
Les remontrances actuelles, de l’IGF par exemple, apparaissent comme une activité contre-nature. Et les victimes et les bourreaux n’en reviennent pas. C’est presque surréaliste de voir des personnes réputées « intouchables », interpellées pour détournement des fonds. Une infraction tombée en désuétude depuis fort longtemps.
Des individus ordinaires, sans aucune ressource connue, se sont, une fois dans l’arène politico-étatique, enrichis comme des rats… au détriment de l’Etat. Ils ont érigé des édifices ultra-modernes au nez et à la barbe de…l’Etat. Le phénomène, déjà alarmant sous Mobutu, a explosé sous SHINA-RAMBO. La prédation publique, sous ce dernier, a dépassé les cimes de l’imaginable. Le régime de feu Maréchal en pâlirait de jalousie…
Le parc de la Nsele (Kingakati), le complexe de Kashobwe (toute une cité moderne en plein village), l’Université et complexe Mapon dans un village du Maniema, le Stade de la Kamalondo à Lubumbashi ; le Mall de l’hypnose à Lubumbashi ; le CTC Mall à Kinshasa et j’en oublie certainement…des œuvres des politiques, en charge des affaires publiques et qui n’avaient rien de tels avant. L’Etat n’a rien de comparable… Il ne peut tout simplement pas suivre ce rythme infernal…Comment le pourrait-il d’ailleurs ? Ceux qui le représentent l’ont carrément privatisé.
La politique, dans ce pays, est (était) devenue le business le plus lucratif qui soit et dont les effets sont immédiats… Loin devant les mines, le commerce et l’agriculture. La majorité des congolais de cette dernière génération qui transpirent l’opulence extrême sont ceux qui font la politique ou qui y sont, plus ou moins, trempés. Soit directement, soit indirectement. D’où la course effrénée vers la marmite. Ceux des congolais qui étaient dans les mines (NGOY KASANJI, MAWEJA DJOUNES) ou dans le commerce (Moise KATUMBI) ont vite compris le jeu : Prendre le raccourci politique. Et atteindre vite, sans efforts et sans perdre trop d’énergie, les sommets de l’opulence. Depuis qu’ils y ont trempé, ils y sont restés. Plus question de perdre son temps dans le commerce ou le business ordinaire. C’est trop long et parfois compliqué. Le cycle court est déjà identifié : la politique. A la limite, le business ordinaire, pour ceux qui ne peuvent pas s’en départir totalement, doit être « encadré » par la politique.
Arrivé, après plusieurs années de lutte contre le système, dans les rouages de l’Etat, FATSHI n’y voit que du feu. Ses 100 premiers jours au pouvoir lui ont permis de prendre la vraie mesure du désastre. Pas de rounds d’observation… Ses premiers coups, il les a reçus, à peine installé, dans son propre camp. Ses premières désillusions sont venues de sa propre ceinture rapprochée. Mais, il n’avait encore rien vu. La gangrène est au niveau de métastase… Il a la faiblesse, mais aussi l’avantage d’avoir, à cause ou grâce à son défunt géniteur et de son parti politique, évolué longtemps en dehors du système. Et contrairement à son prédécesseur qui, bombardé au sommet de l’Etat sans culture politique, a été rapidement recyclé par les bonzes du système qui l’y ont vite intégré, Fatshi semble y résister encore. Mais pour combien de temps ??? A ses risques et périls, il essaie de le démanteler… autant que faire se peut. De le « détricoter », comme il le dit lui-même. La tâche est compliquée. Presqu’impossible. Tout le monde est dedans. Il suffit de gratter un peu sur la gestion de n’importe quel ex dépositaire du pouvoir public, à quelque échelon qu’il se fût trouvé, pour découvrir des cadavres dans les placards. Selon ALIGENTE, 5% seulement de nos politiques sont intègres. Je crois, les yeux fermés, à cette assertion. Un ami qui est passé de l’autre côté me dit toujours que notre chance à nous, nous qui avons encore la « grande bouche », c’est de n’avoir pas été encore à l’intérieur du système…. Dans celui-ci, ou vous vous y adaptez ou il vous rejette comme un corps étranger.
La maffia est générale et généralisée. Elle n’épargne aucun secteur de la vie… Elle sévit jusque dans l’armée et la police. Le président a, avec courage, osé s’attaquer même à celles-ci. Avec tout le risque que cela implique… A cette allure, il mettra tout le monde en prison. Et il se met, chaque jour, personnellement en danger. Les professionnels du système sont en train de se réorganiser. C’est indéniable. Et dès qu’ils en auront l’occasion, ils ne le louperont pas. Croyez-moi. Ils sont nombreux, ceux qui ont des choses à se reprocher. Et ils sont partout. Dans « Ensemble pour la République », « Lamuka », « FCC » et même dans l’union dite sacrée. Les basses manœuvres pour la reconquête du pouvoir et la perpétuation du système sont en cours. La fourmilière a été secouée et l’instinct de survie impose certaines alliances, même contre nature, entre ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont trempé dans le système. Il y a péril en leurs demeures.
Pour nous en sortir, il faut, à mon avis, une approche moins agressive, une sorte de « gentleman-agreement ». Pourchasser isolément quelques sbires du système, ne va rien résoudre. Les jeter tous en prison est très compliqué. Les laisser aussi tous impunis est un mauvais signal. Cela va frustrer ceux qui n’ont jamais participé au festin et qui n’attendraient donc que leur tour…
Il faut alors imaginer une autre solution. Globale et définitive. La voici : commission vérité et réparation. Il s’agit d’exiger à tout ce beau monde de restituer une partie du butin volé à l’Etat. En contrepartie d’une sorte d’amnistie à leur égard. Une commission doit être instituée à cet effet.
Tous ceux qui, ces 20 dernières années, ont eu à gérer l’Etat au plus haut niveau, politiques ou mandataires publics, doivent nous rendre des comptes. Nous avons déjà l’IGF qui peut aider à traquer les récalcitrants ou ceux qui ne voudront pas coopérer.
A la fin des investigations, suivant les modalités à établir, chacun pourra rendre à l’Etat un peu de ce qu’il lui a pris…C’est à ce prix qu’on peut repartir sur des nouvelles bases. Plus saines et plus équitables pour TOUS. L’affaire est certes trop compliquée à mettre en place, j’en conviens…mais l’idée est là, embryonnaire et ne demande qu’à être peaufinée.
Excusez-moi. Je rêve peut-être. J’hallucine ? Je réfléchis juste à haute voix.